L'état Islamique

Les origines de l'Etat Islmaique

"L’Etat islamique (EI), qui a revendiqué les attentats de Paris et de Saint-Denis du 13 novembre, est né de la guerre en Irak. Le mouvement a été créé par le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui. Personnage important d’Al-Qaida, ce dernier a quitté l’Afghanistan au début des raids américains (automne 2001) pour rejoindre l’Irak. C’est là qu’il a regroupé autour de lui la frange la plus radicale de l’insurrection antiaméricaine, piochant notamment dans les rangs des anciens officiers de Saddam Hussein, le dictateur irakien. Il a été tué par des frappes américaines en 2006. L’Etat islamique est aujourd’hui dirigé par l’Irakien Abou Bakr Al-Baghdadi."

Source Le Monde


Les mots clefs

Sunnites et chiites : la division entre ces deux principales branches de l’islam remonte à la mort de Muhammad, en 632. Ce dernier ne laisse ni testament ni descendance mâle, obligeant ses compagnons à organiser sa succession. Les voix s’opposent entre les partisans d’un guide issu de la même famille, thèse défendue par Ali, cousin et gendre du prophète, et ceux qui estiment que la tâche revient à la personne la plus digne. C’est cette école dite traditionaliste (sunnite) qui impose alors les trois premiers califes, Abou Bakr (632-634), Omar (634-644) et Othman (644-656), avant qu’Ali ne devienne calife après l’assassinat de ce dernier. Toutefois, sa mort en 661, mais surtout celle de son fils Hussein, en680, à Kerbala en Irak, sont considérées comme des actes fondateurs du chiisme comme courant religieux, autorisant alors des interprétations et des pratiques vues comme hérétiques par les sunnites.

 

Le djihad est mentionné plusieurs fois dans le Coran et rend compte de l’usage de la violence dans le cas de l’extension du Dâr-al-Islam (« Domain de l’Islam », ensemble géopolitique considéré comme territoire musulman) ou de la légitime défense pour ceux qui représenteraient une menace pour l’Oumma (communauté des musulmans à l’échelle de la planète). Le djihad a été mené bien avant l’époque contemporaine, il devient un moyen de résistance politique pendant la colonisation pour les communautés musulmanes d’Afrique et du monde musulman à partir du XIXème siècle. Ensuite, il s’affirme en tant qu’idéologie à diffuser à toutes les échelles. Utilisé comme moyen de résistance pendant la période coloniale, il va devenir un outil de combat politique : la naissance du takfirisme marque la première étape de construction idéologique du djihadisme. Le takfirisme, excommunication des impies, s’appuie sur les écrits de deux théologiens des années 1940 à 1950 : Maududi au Pakistan et Sayyid Qutb, en Egypte, incarnant tout deux un salafisme violent et djihadiste.

Alaouites : branche hétérodoxe du chiisme majoritaire iranien car les cinq piliers de l’islam sont chez eux très symboliques et ils intègrent des fêtes chrétiennes.

 

Kurdes : Les Kurdes se veulent les descendants de l’ancien peuple des Mèdes de l’Antiquité. Trente millions de Kurdes peuplent le Proche-Orient. Plus de la moitié d’entre eux résident en Turquie où ils ont grande difficulté à faire valoir et reconnaître leurs droits linguistiques et historiques. Sept millions de Kurdes vivent en Iran et un million et demi en Syrie. Les Kurdes d’Irak sont des musulmans sunnites. Ils représentent 20% de la population irakienne mais ils possèdent une identité ethnique en propre. En Irak, deux gouvernements se font face : le gouvernement central de Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), reconnu autonome et basé à Erbil. Les deux principaux points de litiges entre ces eux têtes du pouvoir politique résident dans l’exportation du pétrole et du gaz ainsi que le montant des sommes allouées par le gouvernement irakien de Bagdad au budget du GRK.

 

Etat Islamique ou Daech : Depuis 2014, le gouvernement français a pris la décision d’utiliser le terme de « Daech » pour nommer l’Etat islamique, justifiant qu’il ne s’agit pas plus d’un Etat que d’un groupement représentant les valeurs de l’islam. Ironiquement, l’usage du terme « Daech » ne retire rien à la prétention étatisante de ses membres. Il ne s’agit en effet que de l’acronyme arabe de Dawla islamiyya fi al-‘Iraq wa al-Chem, qui signifie « Etat islamique en Irak et au Levant ».


A propos du califat

 Cartes réalisées par Maxime Zoffoli pour Diploweb.com
Cartes réalisées par Maxime Zoffoli pour Diploweb.com

La renaissance du califat est un bon indicateur de la mentalité d’al-Baghdadi. A la mort du prophète Mahomet, en 632, s’était posé la question de savoir qui pouvait, non pas le remplacer, mais lui succéder. Les élites musulmanes reconnurent très vite son meilleur ami et parent, Abou Bakr, qui prit le titre dekhalifa, « successeur ». Bien guidé, le calife, « ombre de Dieu sur terre » selon la tradition, exige une obéissance inconditionnelle. Cette autorité inégalée, même par Ben Laden, a donné à al-Baghdadi une telle assurance qu’il a demandé à al-Zawahiri, chef d’al-Qaïda, de lui prêter allégeance, ce qu’a refusé le vieil homme. De concurrentes qu’elles étaient, les deux entités sont devenues ennemies irréconciliables, bien que l’Etat islamique se serve de l’image de Ben Laden et des martyrs comme références, légitimant le lien entre les deux groupes.

Depuis l’été 2014, le trésor de guerre de Daech serait passé de 800 millions à deux milliards de dollars, dont :

un milliard de dollars tiré du pétrole en Syrie et en Irak ;

  • 430 millions de dollars venant du pillage des banques de Mossoul et du Conseil provincial ;
  • 100 millions de dollars pour la fabrication de fausse monnaie et de billets dépréciés ;
  • 40 millions de dollars du trafic d’antiquités et d’œuvres d’art issues des musées irakiens.

Le califat est la plus riche organisation terroriste du monde.

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Rapport du Conseil de Sécurité de l’ONU
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Foreign Fighters
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Diploweb : Géopolitique des Terrorismes
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C’est sur cette situation aggravée en Irak par l’intervention américaine de 2003 donnant le pouvoir aux chiites que Daech capitalise. Le groupement islamiste sert ainsi de catalyseur à une vieille aspiration déçue et explique le ralliement d’une grande partie des populations sunnites d’Irak et de Syrie à l’idée d’un Etat transfrontalier qui laverait l’humiliation coloniale, abolirait l’hérésie des Etats-Nations (une idolâtrie selon les islamistes) et redonnerait la dignité aux sunnites, notamment les anciens cadres du parti Baas laissés pour compte.

A la lutte contre Daech s’ajoute l’instrumentalisation de la guerre civile syrienne, devenue un champ de bataille par procuration. En effet, l’expansion de Daech en Irak mais aussi en Syrie nécessite de soutenir les régimes en place pour les aider à lutter efficacement contre la menace terroriste islamiste. Si Bagdad et Erbil s’accordent sur ce point en s’inscrivant dans une logique politique occidentale, le régime syrien autoritaire de Bachar al-Assad s’en détache . Pour les Occidentaux, soutenir le régime syrien devient ainsi impossible, tant il représente lui aussi une menace pour les libertés. En dernière option, c’est aux « rebelles » de l’ASL sans véritable corps politique que revient ces deux lourdes missions que sont le renversement de B. al-Assad et la lutte contre Daech sur son territoire. De facto, aucune de ces deux crises ne peut être résolue sans son homologue, toutes deux étant soumises au nœud gordien des alliances diplomatiques et militaires internationales.

 

Daech dispose d’un nombre d’hommes difficile à estimer en raison de sa constante évolution. Si la majorité des experts s’accordent sur le fait que la moitié des recrues serait étrangers à la région, le rapport publié par l’ONUdébut 2015 estime à 25 000 combattants étrangers dans les rangs de l’EI. Un chiffre alourdi à une fourchette de 27 000 à 31 000 djihadistes du fait des bombardements russes lancés en septembre 2015, selon un rapport publié le8 décembre 2015 par l’institut spécialisé dans le renseignement Sofangroup.

Le 3 août 2015, Airwars, un collectif de journalistes d’investigation, publie un rapport dans lequel il affirme que 459 à 1 086 civils ont été tués par les frappes aériennes de la coalition en Syrie et en Irak entre le 23 septembre 2014 et le30 juin 2015. De plus, 111 à 185 soldats appartenant à des forces alliées ont également été tués par des tirs fratricides. Airwars indique également que selon des estimations officielles les pertes de Daech seraient de 10 000 à 13 000 morts. Au 3 août 2015, Airwars décompte un total de 4 924 frappes menées par la coalition internationale.

Au 3 novembre 2015, les Nations Unies dénombraient en Syrie 4,29 millions de réfugiés et 8 millions de déplacés . En Irak, l’UNHCR recense 1,9 million de déplacés internes.